La fin du redoublement est-elle une bonne chose ?

La fin du redoublement est-elle une bonne chose ?

Selon une étude de l’Education nationale : « le redoublement s’avère peu équitable et inefficace du point de vue des progrès individuels des élèves. Il affecte négativement la motivation, le sentiment de performance et les comportements d’apprentissage de ceux-ci et les stigmatise : à niveau égal en fin de troisième, les élèves en retard obtiennent de moins bonnes notes que les élèves ‘à l’heure’, sont moins ambitieux que ceux-ci et sont plus souvent orientés en filière professionnelle. ».

La décision semble faire également l’unanimité dans les études internationales sur le sujet : Le redoublement n’améliore pas les résultats d’éducation.
Rappel des différents arguments pour justifier sa suppression ou, tout du moins, sa diminution :
- Les pays à forts taux de redoublement affichent de moins bonnes performances.
Au niveau international, un taux élevé de redoublement est généralement synonyme de piètres résultats globaux (voir PISA : http://www.oecd.org/pisa/pisainfocus/).
- La pratique du redoublement est un facteur de démotivation. En France, les élèves qui redoublent en sont souvent informés bien avant la fin de l’année scolaire et sont démotivés pour le temps restant.
- Le redoublement est injuste ou perçu comme tel. Dans la majorité des pays, le redoublement fait généralement suite à une évaluation des élèves par les enseignants ou l’établissement à la fin de l’année scolaire. Cependant, les critères utilisés pour décider d’un redoublement ne sont pas normalisés et diffèrent non seulement entre les régions, villes et établissements scolaires, mais aussi parfois entre les classes d’un même établissement avec la notation plus ou moins sévère des notations.
- Le redoublement a un coût économique non négligeable. Le redoublement a un coût économique : les élèves restent non seulement scolarisés plus longtemps que prévu dans le système d’éducation, mais leur entrée sur le marché du travail s’en trouve également retardée. En 2009, le coût du redoublement a ainsi été chiffré à 2 milliards d’euros par an par le ministère de l’Éducation.
Quelles alternatives au redoublement ?
Pour autant, la diminution ou la suppression du redoublement, même si c’est une mesure nécessaire, ne permettra pas de résoudre les problèmes du système d’éducation français si d’autres initiatives ne sont pas mises en place pour lutter contre l’échec scolaire. Quelques pistes qu’il serait urgent d’étudier :
▪ La Finlande et les Pays-Bas figurent tous deux dans le haut du
classement de performance. Ces deux pays essaient de limiter le redoublement : en Finlande, par des pratiques pédagogiques où l’enseignant adapte son cours au niveau des élèves et aux Pays-Bas, par du soutien scolaire organisé au sein des établissements.
▪ Au Portugal, le taux élevé de redoublement a poussé le gouvernement portugais à investir, entre 2005 et 2009, davantage de ressources en triplant le nombre de bénéficiaires de son programme d’action sociale scolaire. En parallèle, les enseignants ont reçu des formations complémentaires et un système d’évaluation (des enseignants et des établissements) a été mis en place afin d’augmenter la responsabilisation, initiatives qui ont permis une progression significative des résultats des élèves de 15 ans portugais en compréhension de l’écrit entre 2000 et 2009. Sur la période 2004-09, le taux de redoublement dans la 9e année d’études a également connu un recul important, passant de 21.5 % à 12.8 %.

- Le nombre d’élèves par classe et la formation des enseignants, afin de «mieux les préparer à affronter des classes hétérogènes». De l’autre côté, revoir les programmes et la pédagogie (cf : La classe inversée) permettrait aux enseignants d’être davantage au contact des élèves.

- Il faudrait recentrer les apprentissages sur les fondamentaux en primaire, car les causes de l’échec sont là : 20 % des élèves arrivent en 6e sans maîtriser la langue française et 30 % sans maîtriser les fondamentaux scientifiques et mathématiques.

- Enfin, on pourrait décider de réduire les programmes, surchargés, en se concentrant sur les fondamentaux (lire, écrire, compter) afin de gagner du temps et de pouvoir réduire la taille des classes dans les zones les plus défavorisées. On pourrait également profiter de ce temps pour donner plus de place au sport ou à la création, sur le modèle allemand, afin d’aider les enfants à retrouver de la motivation et du sens à leur parcours scolaire.

- Favoriser le soutien scolaire et les cours de rattrapage. Comme en Italie, les écoles sont tenues d’organiser des cours de remise à niveau durant les vacances scolaires.

- Il existe aussi des alternatives pour penser la progression de chaque élève, à son rythme. On peut par exemple appliquer vraiment les cycles pluriannuels qui doivent, théoriquement, permettre aux élèves d’intégrer les savoirs et les compétences sur plusieurs années (cycles)

- Revoir l’évaluation et les modalités de la notation ( Faut-il supprimer les notes ? ) pour inciter, encourager plus que sanctionner.

Le redoublement n’est pas forcément à bannir mais à traiter au cas par cas.
– « J’ai vu des élèves redoubler en seconde et se reprendre, dès lors qu’ils sont bien accompagnés et que l’on a travaillé avec eux le sens de ce redoublement. » constate Nathalie Broux, 38 ans, professeure de français au lycée du Bourget-microlycée 93 (Libération 11/11 /2014) « Je vois des jeunes, souvent issus des cités, qui déboulent au lycée en seconde générale alors qu’ils n’ont aucun code et ils n’y arrivent pas. Comme on ne fait pas redoubler, on les oriente en première professionnelle alors même qu’ils veulent rester en général, (…) Or, certains ont parfois besoin de temps et on ne leur laisse pas.»

Le redoublement constate l’échec scolaire et n’en est pas la cause. En supprimant le redoublement sans mettre en place des alternatives, on ne résoudra aucun problème. Et cette mesure ne fera que redéfinir notre conception de la réussite et de l’échec, plutôt que de s’attaquer aux véritables causes de l’échec scolaire en France.

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