Daily Archives: 19 September 2014

Faut-il supprimer les notes à l'école ?

 

En France, les notes sont une institution. La notation sur 20 est une spécificité nationale, qui permet la sélection des élèves et vise à encourager la compétition. Il semblerait d’ailleurs qu’une majorité de familles soit pour le maintien des notes, ne serait-ce que pour maîtriser les codes de la réussite scolaire de leurs enfants.

D’un autre côté, les psychologues et certains professionnels de l’éducation (y compris des enseignants) constatent que les mauvaises notes sont vécues comme une sanction et sont donc un facteur de stress, de démotivation, voire d’exclusion pour l’élève. Notre système de notation souligne en effet davantage les lacunes et les erreurs qu’il ne montre les progrès (en Finlande, par exemple, les élèves ne reçoivent pas de notes avant la 4e).

Une enquête Pisa de l’OCDE montre également que « les jeunes Français sont ceux qui redoutent le plus l’erreur et s’abstiennent le plus de répondre, par peur de faire une faute ».

Alors que faut-il en penser ? Et surtout, avant de parler de supprimer les notes, que peut-on améliorer dans le système d’évaluation ? Des solutions existent… et sont déjà appliquées par un nombre croissant d’établissements et d’enseignants.

Des notes plus justes

Une notation encourageante – des notes qui prennent en compte et valorisent les progrès, les efforts de l’élève plutôt que le niveau atteint.

Diversifier les épreuves – Prévoir des contrôles diversifiés (courts, longs, oraux, écrits…) où les élèves peuvent compenser par exemple une difficulté à l’écrit par une plus grande aisance à l’oral.

Des notes pour aider et non pour être sanctionné – Prévenir les élèves des dates d’évaluation. Leur donner la possibilité d’effacer une note très mauvaise qui ferait chuter la moyenne en repassant l’épreuve après avoir retravaillé.

Evaluer sans dévaluer : des notations moins détaillées

Alors même qu’un certain nombre d’enseignants sont attachés à une grille de notation de 0 à 20 et utilisent même des demi-points, des pays tels l’Allemagne, la Finlande, les États-Unis ont recours à des grilles de notation beaucoup moins détaillées. En Allemagne, les notes vont de 1 à 6. La note 6 étant rarement utilisée. Les demi-points sont proscrits et le professeur pratique des arrondis favorables aux élèves si leur attitude en classe et leurs progrès sont satisfaisants. L’école finlandaise a aussi adopté un système de notation favorable aux élèves. Les notes vont de 4/10 (note la plus faible) à 10/10. La graduation des notes est la suivante : 4 (échec à l’exercice) ; 5 (suffisant) ; 6 (moyen) ; 7 (satisfaisant) ; 8 (bien) ; 9 (très bien) ; 10 (excellent). Il n’existe ainsi qu’une seule note (4/10) pour indiquer à l’élève qu’il a échoué à l’exercice. La même règle existe aussi aux États-Unis qui a recours à une notation par lettres de A à F, y compris à l’université.

Le recours à des épreuves communes à l’ensemble des classes d’un établissement

Parfois organisées dans les classes du lycée, ces épreuves ont le mérite de reposer sur des exercices communs et un barème commun de notation.

Donnez-nous votre avis…

« En France, les partisans des notes considèrent que celles-ci sont équivalentes à un « thermomètre » absolument nécessaire pour les élèves et les professeurs. Les défenseurs des notes ne semblent pas être conscients que chaque professeur utilise un thermomètre qui lui est propre et que, pour cette raison, la précision de celui-ci est faible. Le principe même d’une évaluation rigoureuse est de recourir à un thermomètre commun, étalonné à l’aune des mêmes compétences et critères de correction. La réforme des pratiques de notation n’est pas de supprimer des repères, mais de définir clairement des exigences communes au service des apprentissages des élèves. Le but poursuivi par les nouvelles formes d’évaluation est de former, de favoriser la réussite, non de céder, à l’obsession de la compétition et du classement. Aux plus jeunes âges, former et classer sont des objectifs concurrents. Le temps de la sélection s’insère logiquement après la maîtrise par tous des compétences du socle commun à la fin du collège. » Pierre Merle, professeur de sociologie à l’IUFM et à l’université européenne de Bretagne (extrait de cairn.info)

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